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En Chine depuis trois ans pour vendre un produit aussi utile aux chinois qu'une pompe à vélo à un ours blanc, nous nous trouvons souvent assez idiots à ne décidément rien comprendre à ce qui se passe ici. Mais "n'importe quel imbécile peut écrire un livre excellent, du moment qu'il veut bien rapporter la simple vérité de son expérience" (Thomas Gray). Nous nous lançons donc dans l'écriture.

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Mercredi 31 décembre 2008
Nous retournons pour de bon en France après demain. C'est la fin d'une expatriation passionnante et nous ne prendrons pas l'avion sans un petit pincement au coeur. Je ne sais pas si ce blog continuera, mais plutôt que de grandes considérations sur la Chine et ses habitants, une video "bien de Pékin" pour terminer. Je précise que cette video ne doit être visionnée qu'avec le son.



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Dimanche 9 novembre 2008

   Gao désigne ce qui est haut, ce qui est grand, parfois ce qui est si haut et si grand qu’on ne peut y accéder

 

Madame Wu est ce que l'on appelle une mère comblée. Elle revient du marché aux légumes, à deux rues de la grande tour rouge de 36 étages où se trouve le petit appartement de deux pièces qu'elle occupe avec sa soeur à Harbin, dans la province du DongBei. Les poireaux, les racines de gingembre et les radis blancs débordent du panier de sa bicyclette, mais il ne lui viendrait pas à l'idée de remonter chez elle pour déposer ses courses. L'ascenseur est trop lent, surtout depuis qu'il y en a un en panne et que le locataire du rez de chaussée a reconverti son puits en poulailler. Elle doit au plus vite retrouver ses deux amies, madame Liu et madame Bin, qui font à cette heure une séance de gymnastique sur les agrès installés par la municipalité pour les personnes âgées du quartier. Elle va leur annoncer la bonne nouvelle. Grâce aux appels téléphoniques répétés de son grand fils GaoMing, qui a une bonne situation comme ingénieur de production dans une usine de Xiamen, elle est devenue VIP de la compagnie China mobile.

Elle ne sait pas très bien ce que les lettres VIP signifient, mais elles sont bien écrites sur le courrier que la compagnie lui a adressé hier. Elle veut maintenant partager son bonheur et sa fébrilité avec ses deux amies.

Madame Liu et madame Bin ne sont pas jalouses, mais elles veulent savoir, alors madame Wu leur explique. Au courrier était adjointe une carte en plastique doré, de celles que l'on voit dans le portefeuille des riches étrangers des séries télévisées. Sur cette carte, des lettres d'or forment le nom de madame Wu, celui de la compagnie China Telecom, et une date qui semble encore lointaine, mais qui doit être ce jour terrible où, madame Wu en est convaincue, un employé de la compagnie viendra lui demander de lui rendre le précieux objet.

Aussitôt la carte reçue, madame Wu s'est précipitée dans l'agence China Telecom locale. Elle a montré fièrement le petit carré de plastique à l'employé qui s'est incliné avec respect en lui indiquant la lourde porte de bois rouge d'un bureau séparé plutôt que de lui donner l'habituel ticket de queue, déjà arrivé au numéro 1005 alors que le guichet n'indique que 803.

 

Le bureau "VIP" lui a semblé très confortable. Une hôtesse attendait madame Wu debout derrière un gigantesque bureau de bois. Madame Wu s'est avancée timidement entre les deux plantes vertes qui encadraient la porte et s'est assise dans le gros fauteuil en cuir au dossier confortablement recouvert d'une moelleuse dentelle que lui indiquait l'hôtesse d'un geste déférant. Madame Wu s'est empressée de tendre sa carte, comme pour confirmer qu'elle n'outrepassait pas ses droits en se tenant là. L'hôtesse lui a souri, ce qui a rendu madame Wu très mal à l'aise, elle qui ne connaissait que les guichetières à l'air suspicieux ou endormi.

Un maigre jeune homme a jailli de la porte qui se trouvait au centre du mur du fond, s'est précipité sur le ballon d'eau potable pour remplir une tasse d'eau chaude et la poser devant madame Wu, émerveillée devant tant de prévenance. Madame Wu avait oublié ce qu'elle était venue faire. La petite plaquette noire épinglée sur la poitrine de l'hôtesse, en plus de son nom, mademoiselle Wang XiaoLi et de son matricule, indiquait quelques caractères occidentaux, CINDY. Ce devait être son nom américain, dont la présence prouvait que la société traitait avec d'importants clients étrangers et que la personne qui lui faisait face parlait sûrement très bien anglais. Cela ne contribuait pas à rassurer madame Wu qui n'avait vu un nom étranger qu'une fois auparavant, lorsque son grand fils avait voulu lui faire découvrir la gastronomie américaine en l'emmenant au McDonald et qu'elle avait pu voir que la jeune fille qui lui avait servi les beignets de poulet avait pour prénom quelque chose comme SPICY ou JUICY.

Madame Wu s'est très vite reprise. Une dame de son âge ne se laisse pas impressionner par une petite jeune dont elle pourrait être la grand mère. Elle a posé son téléphone sur le table et a demandé d'en recharger la carte. Après avoir tapoté quelques instants sur son clavier, Mademoiselle Wang lui a demandé de confirmer son nom et son numéro de téléphone, et lui a annoncé d'un air complice et confidentiel que son statut de VIP lui donnait à quelques avantages. Si madame Wu n'augmentait ses communications que de dix minutes par semaine, elle aurait droit à un nouveau téléphone gratuit à choisir parmi la gamme de China Telecom. Si elle ne profitait pas de cet avantage, elle pourrait le convertir en une réduction pour l'achat d'une carte de membre au club de golf le plus cher de la ville, en deux tickets pour le match amical de football entre Harbin et le Paris St Germain ou en un coffret de trois bouteilles "édition exclusive en porcelaine de Chine" de Maotai de 20 ans d'âge, l'alcool dont sont mari était si friand, mais que le médecin lui avait formellement interdit. Madame Wu a tout noté fébrilement. Si elle ne pouvait profiter de ces cadeaux, ils pourraient toujours être utiles à quelqu'un de son entourage. Mademoiselle Wang lui proposait maintenant un service qu'elle ne pourrait refuser. Moyennant la modique somme de 20 renminbis par mois (c'était tout de même le prix de 4kg d'aubergines), elle pourrait recevoir un SMS quotidien pour lui annoncer les bouchons en périphérie de Harbin. Madame Wu a décidé de souscrire au service, sans même consulter son mari. Elle n'avait pas de voiture, mais elle se disait qu'un refus nuirait à l'estime que mademoiselle Wang semblait avoir d'elle.

 

Madame Wu et mademoiselle Wang se sont quittées bonnes amies ce jour là. Au crépuscule d'une vie consacrée à l'économie et au sacrifice, madame Wu était entrée sans le savoir dans la société de consommation.

 


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Lundi 18 août 2008


Le silence prolongé de ce blog m'oblige à émettre une opinion choquante pour réveiller l'intérêt des lecteurs sûrement partis ailleurs depuis fort longtemps.
Je me lance. Vous viendrez m'apporter des oranges.

Voici donc Yun, le mouvement, l'inconstance, qui sert aussi à désigner le sport. Je déteste le sport et plus encore les jeux Olympiques. Le spectacle de particuliers s'évertuant autour d'une baballe pour assouvir leurs pulsions de chasseurs sédentarisés est aussi dramatique que la destinée du serveur de restaurant condamné à regarder les autres diner sans participer lui même. Il ne lui reste que les bruits de mastication et les assiettes sales.
Ce sont de grands champions entend on pourtant. Oui, de grands champions, mais pas différents du taureau chanceux qui tous les ans sort victorieux du concours du salon de l'agriculture. L'imposture qui nous fait croire qu'il faut aussi être intelligent pour pratiquer une quelconque discipline sportive à haut niveau n'a d'equivalent que la bague égyptienne à ondes positives vantée par Marlène Jobert en terme d'abus de la crédulité populaire. Lisons l'interview de Mr Lucas, ancien entraineur de la championne Laure Manaudou par le Figaro. Mr Lucas nous apprend que l'athlète l'avait quitté car elle refusait ce qu'elle appelait un entraînement militaire, comprenez de faire docilement ses longueurs a l'entraînement sans poser de questions. Le jeune écervelée désirait "comprendre pourquoi elle nageait". Lorsque le QI du batracien veut se faire plus gros que celui du boeuf le résultat ne se fait pas attendre.

Les mots qui choquent et provoquent une juste sursaut d'indignation citoyenne étant lâchés, il va me falloir accomplir un travail d'intérêt général montrant que je comprends la gravité de ma faute. Je vous propose donc en réparation une balade à vélo dans Pékin, un soir animé, alors que les Jeux Olympiques battent leur plein.

Comme beaucoup de dames d'un certain âge, Pékin est plus belle la nuit. Ses lumières bigarrées explosent des stades, des restaurants, des monument et zèbrent le ciel jusqu'à se refléter dans les nuages. L'effet produit est étrange, un peu oppressant. On pense à la nuit inconnue d'une lointaine planète sans atmosphère. Ma bicyclette s'ennuie du manque de côtes et joue entre les voitures comme pour les défier. Elle s'amuse à doubler un vélo à ordures qui attend arrêté le contenu d'une poubelle publique. Elle se laisse distancer par un mobylette électrique dont elle entend l'insistant sifflement derrière elle depuis longtemps déjà. Elle freine brusquement pour éviter le taxi qu'un passant étranger -ce maudit- vient d'arrêter d'un signe de la main. Derrière un bus, elle hésite. Doubler par la droite ou doubler par la gauche. Pas le temps de peser le pour et le contre. Ce sera par la gauche. Bonne pioche, on entend à nouveau le sifflement derrière.
La tour de la cloche est illuminée pour les jeux. Les projecteurs font ressortir les dentelles de cyprès peintes en bleu et vert sous les voûtes des toits superposés, les colonnes rouges sang de boeuf, les tuiles vertes. Je les contourne pour arriver dans une rue bordée des restaurants et de petites boutiques d'habits à la mode, d'électronique, ou de matériel musical. Les restaurants se sont ouverts et ont déversé leurs tables dans la rue. Les serveuses ne courent pas, sûres de leur fait, mais les poissons dans les aquariums du mur du fond roulent des yeux effarés. Avec une telle affluence, ce soir sera le dernier sans aucun doute. Tout Pékin doit être ici, en train de diner et de commander des écrevisses au piment, des grillades au curry, des raviolis à l'aneth. Ma bicyclette tourne entre les odeurs comme entre les bus. Elle roule trop vite pour toutes les identifier. Le sifflement se rapproche mais un autre bruit le couvre. La dame qui conduit la mobylette, raide et digne, rit. Elle a vu un grand Brésilien à la peau noire, juste sorti d'un boui-boui de l'autre côté de la rue hurler "ZhongGuo" à la cantonade. La foule, surprise qu'un étranger puisse supporter son propre pays, se rassemble, et reprend en coeur "ZhongGuo". Cela dure plusieurs minutes. L'ambiance est bon enfant, mais voici une artère beucoup plus large. Deux fois trois voies séparées par un grillage blanc censé empêcher les piétons de traverser et les voitures de faire demi-tour de façon intempestive. C'est le quartier des coiffeurs. Tout Pékin qui ne dine pas se fait couper les cheveux. Les échoppes sont plutôt richement décorées, même si l'on devine que les grandes glaces ou les carreaux noirs, roses ou dorés se décolleraient facilement si l'humidité venait à trop augmenter. Celui là sort du lavabo, les cheveux ébouriffés et une serviette rose ridiculement nouée autour des épaules. Celle ci se fait peindre des ongles de pieds jaunes à paillettes avec des petits canards roses. Soudainement, une douche. Ce n'est pas un shampoing qui a mal tourné, mais le jet d'eau du camion chargé de nettoyer la poussière des feuilles des arbres qui bordent l'avenue. Demain, Pékin la poussiéreuse sera plus verte.
Il est temps de traverser le périphérique, l'endroit où les voitures arrêtées en files compactes et presque immobiles vous rappellent le bonheur de n'avoir que deux roues.
Un petit vent frais parvient a se faufiler sous la chemise a la faveur d'une courte descente. Comment fait il pour lutiner avec les gens qui ne supportent pas le sport ? Peut être est il maudit lui aussi. Nous sommes d'ailleurs trop bas maintenant, le petit vent commence à sentir l'eau de vaisselle et la fosse sceptique, mais ce petit vent est comme l'odeur de metro a Paris. A Pékin, on ne peut s'en passer.
Voici maintenant le stade de football, olympique bien sur. Une foule très compacte, presque uniquement chinoise en sort et force la bicyclette à ralentir, à s'imposer dans le flux au risque de séparer les époux, les parents des enfants, les membres du comité d'entreprise. Ils viennent de voir le football féminin Japon/Belgique. Ils supportent tous la Belgique mais se sont pourtant bien tenus. Une grosse audi noire officielle double ma bicyclette. Elle aperçoit à l'arrière deux membres de l'organisation, anciens sportifs, et donc conduisant une tâche aussi importante que celle d'un gouvernement entier.

Déjà la maison, son calme nocturne, loin des lumières des stades, ses grillons cachés un peu partout pour animer la nuit, ses quelques fenêtres allumées pour dire qu'ici aussi, on sait apprécier la nuit pékinoise. 5km depuis le début de ma balade expiatoire, sans en avoir eu l'impression, sans avoir été au stade, sans avoir acclamé les anneaux. Ce n'était pas du sport. Tant mieux.

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Mercredi 23 avril 2008
Ce billet souhaite un très bon anniversaire de mariage à mon adorable épouse.  Elle savait alors qu'elle me suivrait dans cette aventure fofolle en Chine. Elle n'a pas l'air de mal s'en porter. Bravo donc !

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Vendredi 11 avril 2008
Je ne vais pas faire un enième article sur la magnificence du nouveau terminal pékinois. Venez nous voir si vous voulez vous en rendre compte par vous même. En revanche, je ne résiste pas au plaisir de vous montrer cette photo d'une fontaine d'époque impériale (l'empire de la guerre des étoiles entendons nous) qui se trouve juste après  les guichets de sécurité.


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